Foire Aux Questions

 La réponse à ces 10 questions a été rédigée pour la Communauté Professionnelle Territoriale de Santé du 14ème arrondissement (CPTS). Les CPTS regroupent les professionnels d’un même territoire qui souhaitent s’organiser, à leur initiative, autour d’un projet de santé pour répondre à des problématiques communes. la CPTS du 14ème soutient le développement de la CAS 14 notamment en faisant bénéficier l’association 14 A Table de ses locaux.

Comment est née l’idée de créer la Caisse Alimentaire Solidaire CAS 14 ?

Le projet a émergé début 2024 lorsque la mairie du 14ème a invité un ensemble d’associations et d’habitants de l’arrondissement à s’unir pour porter le projet de création d’une caisse alimentaire solidaire, en s’inspirant des différentes expériences qui étaient en cours ailleurs en France depuis quelques années, dans l’optique d’une « Sécurité Sociale de l’Alimentation ».

D’autres initiatives étaient encouragées en parallèle dans d’autres arrondissements de Paris. Un collectif d’habitants et d’associations s’est constitué et a construit un projet original qui a abouti à la création d’une association selon la loi 1901 lors d’une assemblée constitutive le 11 avril 2025. Son nom est tout simplement 14 à Table.

Quel constat sur le territoire du 14e arrondissement a motivé le lancement de cette expérimentation ?

Actuellement en France, de 10 à 16% de la population subit la précarité alimentaire[1]. Le 14ème arrondissement de Paris n’y échappe pas. Cela représente de 10 à 20 000 personnes de tous âges, beaucoup d’enfants, des étudiants, des séniors et des actifs aux revenus modestes. 

Cette situation insupportable prend de l’ampleur. Elle appelle d’abord un sursaut des pouvoirs publics pour s’attaquer sérieusement aux impasses de notre système agro-alimentaire. 

Mais la société civile – habitants, associations, entreprises – peut aussi agir dans son territoire. C’est pourquoi la Caisse Alimentaire Solidaire du 14ème (CAS14) a été créée par 14 à Table, afin d’expérimenter, d’abord sur un nombre limité d’habitants (quelques centaines), les conditions à remplir pour que ce projet puisse s’inscrire dans la durée en trouvant l’essentiel de ses ressources, humaines et financières, dans la société civile, en articulation avec le soutien des pouvoirs publics.  

Quels besoins des habitants cherchez-vous à répondre en priorité ?

Le projet répond à trois types de besoins. En premier lieu, il s’agit de faciliter l’accès de toutes et tous, quelles que soient leur profil socio-économique et démographique, à une alimentation de qualité et issue de systèmes de production (agriculture, industries de transformation) et de distribution des biens alimentaires à la fois justes et durables. Cela en mobilisant l’énergie de la solidarité entre habitants, soutenue par les forces économiques locales et les acteurs publics.

Le projet s’efforce aussi de répondre à un second besoin. Nous avons tous, à des degrés divers, à apprendre et mieux comprendre les enjeux et conditions d’une agriculture durable et d’une alimentation de qualité. Cette facette du projet, dans laquelle les membres sont invités à s’impliquer activement, se met en place progressivement et pourra bientôt s’appuyer sur un site Internet en cours de construction qui fera connaître les évènements organisés à cet effet.

Un troisième besoin, plus diffus, embrasse les deux premiers. En cette période de doute, voire de craintes, sur l’avenir, participer à un projet collectif qui vise à rassembler les habitants autour du droit à une alimentation de qualité, par-delà nos différences socio-économiques et culturelles, est une manière de « faire société » et de donner du sens au quotidien.

  • Quel est le rôle de l’association 14 à Table dans le développement de la CAS 14 ?

La CAS14 est portée et gérée par l’association 14 à Table. Il s’agit d’organiser un partage équitable de ressources apportées de manière volontaire par les cotisations des affiliés de la Caisse, selon leurs capacités, et les dons des personnes et entreprises mécènes, ainsi que par des crédits publics. Ces ressources permettent d’allouer chaque mois à tous les foyers affiliés une même somme (actuellement 100€), qui peut être dépensée dans des commerces de proximité conventionnés dans tout l’arrondissement, pour l’achat de biens alimentaires sains et issus d’une agriculture durable.

  • Pourquoi avoir choisi de s’engager sur la question de l’alimentation comme levier de solidarité ?

L’accès à l’alimentation est un besoin fondamental. Une société attentive à ses membres ne peut laisser certains en manquer. Au-delà de la quantité, la qualité de cette alimentation prend une importance croissante, face aux stratégies des grands acteurs de nos systèmes de production et de distribution dont la boussole est la rentabilité à court terme. Ils s’évertuent à nous faire consommer des produits de médiocre qualité, tant sur le plan gustatif que sur celui de leur composition, souvent malsains d’un point de vue nutritionnels (trop gras, sucrés, salés, pauvres en fibres) et imprégnés de substances chimiques (résidus de pesticides et additifs alimentaires). Ils écrasent les prix payés aux agriculteurs et conduisent la France à perdre sa souveraineté alimentaire pour se concentrer sur l’exportation de produits d’une agriculture intensive.

Des revenus suffisants devraient permettre à chacun de pourvoir à ses besoins alimentaires. C’est loin d’être le cas et la situation s’aggrave, comme le démontre l’augmentation continue du recours forcé au don alimentaire. La solidarité répond à une nécessité pressante et met les pouvoirs publics et les acteurs de l’agriculture et de l’agro-industrie devant leurs responsabilités.

  • Comment ce projet s’inscrit-il dans les valeurs et les missions de l’association ?

L’association a été créée pour répondre à ce besoin : donner à chacun un pouvoir d’acheter des biens alimentaires bons pour la santé et qui permettent à leurs producteurs de vivre dignement de leur travail et d’entretenir la viabilité des sols agricoles, cela en faisant appel à la solidarité des habitants du territoire. L’expérience est localisée mais, conjuguée avec les nombreuses autres en cours en France (plusieurs dizaines, dans une grande variété de contextes urbains et ruraux), elle peut dessiner un projet auquel les pouvoirs publics seront tenus un jour de répondre.

  • Comment fonctionne concrètement la Caisse Alimentaire Solidaire ?

Il est possible d’être affilié à la Caisse sans être membre de l’association 14 à Table. C’est d’ailleurs le cas de près des deux tiers des affiliés. Ceux-ci doivent verser chaque mois une cotisation qui fait d’eux des « ayants droit ». La cotisation est libre, décidée par chaque foyer, selon les ressources et sa taille. Le formulaire d’affiliation  présente une échelle de cotisation suggérée qui peut servir de repère. L’échelle peut être révisée par l’association, selon les leçons tirées d’autres expériences et de sa situation. La cotisation ouvre droit à une allocation versée chaque mois, qui est du même montant pour tous (c’est ainsi que s’opère la solidarité), sous forme d’une monnaie numérique que les affiliés peuvent utiliser pour acheter des produits dans un ensemble de magasins avec lesquelles l’association a passé convention. Les affiliés sont libres du choix des magasins et des produits achetés. En fin de mois, l’association rembourse chaque magasin du montant cumulé des achats opérés par les affiliés. Elle joue le rôle de « tiers payant ».

  • Comment les habitants peuvent-ils participer au projet ?

Comme toute association, 14 à Table repose sur l’engagement de ses membres. Les différentes fonctions qui permettent le développement du projet (examen des lieux susceptibles d’être conventionnés ; communication ; actualisation de l’échelle des cotisations ; évaluation des effets du dispositif etc.) sont discutées au sein de Groupes de Travail (GT) qui soumettent leurs propositions au conseil d’administration (qui s’appelle Conseil Collégial – CC -dans le cas de 14 à Table). Les affiliés non-membres sont également invités à participer au projet, notamment pour le faire connaître et construire les activités relevant de l’information et de l’éducation.

  • Quels critères sont utilisés pour sélectionner les commerces ou producteurs partenaires ?

L’élaboration d’une grille des critères de conventionnement des lieux d’achats des biens alimentaires a été l’une des premières tâches de l’association. Une dizaine de critères sont examinés lors de visites sur place et échanges avec les gérants des lieux, parmi lesquels : la part de biens alimentaires cultivés ou produits à courte distance (dans les 250 km), selon des modes de production respectant les sols et la biodiversité ; la part occupée par les produits frais et de saison ; les efforts faits pour réduire les déchets et les emballages dans la chaîne de distribution ; la part des produits ultra-transformés en vente ; la fixation du prix de vente (la part qui revient au producteur, et l’accessibilité pour des revenus modestes) ; les conditions de travail des personnels (critère difficile à apprécier).

Les membres du GT Conventionnement échangent leurs avis sur les différents magasins puis soumettent leurs propositions au Conseil Collégial qui prend la décision finale. Une décision peut être révisée dans les deux sens : si un lieu non conventionné a fait des efforts pour lieux répondre aux attentes, ou inversement. La grille actuelle (voir le site Internet) est en révision pour inclure à l’avenir des magasins spécialisés (boulangerie etc.) ou des lieux de restauration de type cantines.

  • Comment s’organise la gouvernance du dispositif ?

La pièce maîtresse de la gouvernance est l’assemblée générale des membres. Elle délibère sur les grandes orientations, sur les textes qui régissent le fonctionnement de l’association (statuts et règlement intérieur), sur les rapports d’activités et les rapports financiers annuels. Elle procède aussi à l’élection des membres du Conseil Collégial.

14 à Table a pour originalité d’avoir choisi une gouvernance de type collégial, dans l’objectif de donner une place aux différentes parties prenantes intéressées par le projet. Ainsi, l’adhésion se fait au titre de l’un ou l’autre de cinq collèges : les membres affiliés, en premier (collège qui selon les statuts dispose au moins de la moitié des membres du CC) ; les lieux conventionnés membres de l’association (ce qui n’est pas une condition pour être reconnu comme lieu conventionné) ; les associations actives dans les domaines de la solidarité et de l’éducation populaire ; des entités dites « acteurs civiques » (représentants de conseils de quartiers ou du conseil citoyen du quartier de « la politique prioritaire de la ville » (Didot-Porte de Vanves) ; et un collège regroupant toute autre personne physique ou morale qui n’est pas affiliée à la Caisse mais qui entend soutenir le projet. Ces quatre collèges sont représentés au CC pour une part minoritaire des membres.

Comme indiqué plus haut, la démarche se veut participative, avec l’initiative donnée aux GT qui se saisissent des sujets relevant de leur compétence et élaborent des propositions qu’ils présentent au CC. Il ne faut pas se cacher que ce principe se heurte à la tendance générale qui voit reculer l’engagement dans la vie associative.

[1]  Source Crédoc 2025. https://www.credoc.fr/publications/les-multiples-facettes-de-la-precarite-alimentaire